Grande nacre de Méditerranée : une espèce à protéger

La grande nacre de Méditerranée, Pinna nobilis, est le plus grand coquillage bivalve de cette mer. Elle peut dépasser un mètre de hauteur, même si les individus observés sont souvent plus petits. Sa silhouette longue et triangulaire émerge des fonds meubles, à la verticale.

Pour un plongeur, croiser la grande nacre reste une rencontre marquante. L’espèce a pourtant subi un effondrement brutal depuis 2016 et figure aujourd’hui parmi les animaux marins les plus menacés de Méditerranée. L’observation doit donc se faire avec distance, calme et sans aucun contact.

Qu’est-ce que la grande nacre ?

La grande nacre, aussi appelée jambonneau hérissé, est un mollusque bivalve endémique de Méditerranée. Sa coquille se fixe dans le sédiment grâce à des filaments solides, les byssus. Environ un tiers de l’animal reste enfoui, ce qui stabilise la coquille face au courant.

Elle fréquente surtout les herbiers de posidonie, les prairies de zostères et certains fonds sableux ou vaseux abrités. En filtrant l’eau pour se nourrir de particules et de plancton, elle participe au fonctionnement de ces milieux. Sa présence indique souvent un habitat encore favorable à une riche faune benthique.

Pourquoi la grande nacre de Méditerranée a presque disparu

Depuis 2016, un protozoaire parasite, Haplosporidium pinnae, provoque une mortalité massive chez Pinna nobilis. L’infection touche les tissus de l’animal et entraîne sa mort en peu de temps. Dans de nombreuses zones côtières, les populations ont chuté de façon spectaculaire.

Le parasite explique l’essentiel de cette crise, mais les pressions locales fragilisent aussi l’espèce : dégradation des herbiers, ancrages, pollution, travaux côtiers et remise en suspension des sédiments. Une eau claire ne garantit donc pas, à elle seule, la survie d’une population de nacres.

Sécurité et protection : une grande nacre vivante ne se touche pas, ne se déplace pas et ne se prélève jamais. Évitez aussi de planter un couteau, un scooter sous-marin ou une ancre près de son pied, où elle reste cachée dans le sédiment.

Grande nacre de Méditerranée dressée au milieu des herbiers de posidonie, éclairée par la lumière turquoise sous-marine.

Comment reconnaître ce grand coquillage en plongée

Une grande nacre coquillage ressemble à une lame épaisse plantée dans le fond. Sa coquille brunâtre à rougeâtre porte des côtes rayonnantes et peut accueillir algues, éponges ou petits organismes fixés. Ces hôtes la rendent parfois difficile à repérer parmi les feuilles de posidonie.

Ne confondez pas l’espèce avec Pinna rudis, la nacre épineuse, plus petite et dotée de fortes épines. L’identification peut demander de l’expérience, surtout quand la visibilité baisse ou que l’animal est colonisé. Une photo prise sans s’approcher facilite ensuite la vérification par un encadrant ou une structure locale.

Observer sans dégrader l’herbier

La meilleure mise à l’eau se prépare avant de quitter le bateau ou le bord. Choisissez un palmage lent, gardez vos palmes au-dessus du fond et stabilisez votre flottabilité avant de vous arrêter. Dans un herbier dense, quelques coups de palmes mal placés suffisent à soulever du sédiment et à casser des feuilles.

  • Gardez une distance d’au moins un mètre avec la coquille et sa base.
  • Ne posez ni main, ni genou, ni appareil photo sur le fond.
  • Évitez les flashs répétés à très courte distance.
  • Signalez une observation à une aire marine protégée ou à votre club, avec le lieu, la profondeur et une photo d’ensemble.

Une coquille ouverte avec un manteau visible peut appartenir à un individu vivant. À l’inverse, une nacre morte reste souvent dressée longtemps et sert d’abri à d’autres espèces. L’aspect extérieur ne permet pas toujours de conclure : observez, documentez, puis laissez l’animal et son habitat intacts.

Étangs lagunaires : des refuges sous surveillance

Les lagunes méditerranéennes ont parfois offert des conditions plus favorables à certains survivants, grâce à leur isolement relatif. L’étang de Thau est régulièrement cité dans les recherches sur l’espèce. La requête « étang de la toison » renvoie généralement à une confusion de nom avec cet étang héraultais.

Ces milieux restent sensibles aux variations de salinité, de température et de qualité d’eau. Les suivis scientifiques y cherchent des individus résistants et surveillent leur reproduction. Un signalement précis fait par des plongeurs formés peut compléter ces programmes, sans jamais justifier une manipulation.

Grande nacre de Méditerranée : ce qu’il faut retenir

La grande nacre de Méditerranée est protégée et classée en danger critique d’extinction sur la Liste rouge de l’UICN. Sa collecte, sa détention et sa vente sont interdites : elle ne se mange pas et ne constitue pas un souvenir de plongée. Même une coquille trouvée sur le fond doit rester à sa place.

Chaque observation respectueuse aide à mieux connaître la répartition des survivantes. En restant neutre dans l’eau, en protégeant les herbiers et en transmettant des données fiables aux acteurs locaux, les plongeurs contribuent à donner une chance à cette espèce rare.